8- Le retour dans le Nivernais
Charles Bourdillon (1891-1963)
Médecin, résistant

 

L’histoire de la famille Bourdillon est profondément ancrée dans le Nivernais. Ses origines dans cette région remontent à plusieurs siècles.

Dès le XIe siècle, une famille appelée « des Bordes » était établie au lieu-dit Les Bordes, dans la paroisse d’Urzy, près de Nevers. C’est cette famille qui fit construire le château qui porte encore aujourd’hui son nom.

À la fin du XIVe siècle, Imbert de La Platière, issu d’une famille originaire d’Arbois, épousa Péronnelle des Bordes. À la suite du décès de l’oncle de celle-ci, Jehan, elle hérita tant du château que du nom de famille. Les seigneurs de La Platière devinrent ainsi également seigneurs des Bordes et s’installèrent dans le château.

C’est au XVIe siècle qu’apparaît pour la première fois le patronyme Bourdillon (parfois orthographié « Bordillon »). Ce nom peut être interprété comme signifiant « petite Borde », un diminutif vraisemblablement utilisé pour distinguer les membres les plus jeunes de la famille.

Bien des siècles et de nombreux périples plus tard, la famille allait renouer avec le Nivernais.

En 1927, Charles Bourdillon, né à Marseille en 1891, s’établit à Nevers pour y exercer la médecine. Il y demeura jusqu’à sa disparition en 1963. Durant ces trente-six années, il joua un rôle significatif dans la vie de la cité, notamment en contribuant au développement de son établissement hospitalier et en prenant part à l’histoire de la Résistance locale durant la Seconde Guerre mondiale.

Son existence constitue ainsi un nouveau chapitre dans la longue histoire de la famille Bourdillon et de ses liens avec le Nivernais.

Il fit ses études à Marseille (Cf. photos de classe 1900 à 1907)

 

Sa femme et ses enfants

Charles s'est mariée avec Marie Provost. Elle était infirmière à la Salpêtrière

Marie Prévost femme de Charles Bourdillon

Ils ont eu trois enfants :  Jacques Bourdillon, polytechnicien, reçu dans la même promotion que Francis de la branche cadette ; Madeleine, médecin neuro-psychiatre et Monique qui a fait l'école supérieure des arts décoratifs.


La médecine

Fils et neveu de médecins (il sera aussi père, grand-père et arrière-grand-père de médecins), il entreprend ses études de médecine, elles seront interrompues par la grande guerre de 1914/1918 qu'il fera dans le service de santé. Sa conduite courageuse sur le front lui vaudra d'être décoré de la croix de guerre.

Interne des hôpitaux de Paris, il est l'élève de Touraine et de Babinski qui patronne sa thèse, "la craniectomie décompressive". Ayant épousé une nivernaise en 1924, il s'installe à Nevers en 1927, en libéral avec une double spécialités : la neurologie et la dermatologie. De ce fait il est fréquemment appelé en consultation par ses confrères de la campagne et des villes moyennes du département, désireux de recueillir ses conseils sur les cas les plus difficiles, il sillonne donc les routes de la Nièvre. (Voir photos Internat)

Charles Bourdillon interne Cochin 1922

Charles Bourdillon, Interne à Cochin 1922 (troisième ligne, 2ème à partir de la droite)

Résistant

1940 - Après la débâcle des armées françaises, il entend le 17 juin le message du Maréchal Pétain et le 18 juin l'appel du Général de Gaulle et sans aucune hésitation, dès le premier jour il choisit de Gaulle. Nevers est occupée par l'armée allemande. Charles affirme aussitôt son hostilité au régime de Vichy qui prône la collaboration et met ses espoirs dans la victoire des alliés et de la France Libre. Le moment venu, il va s'engager avec Marius Durbet (futur maire de Nevers) dans la Résistance Nivernaise (service de santé) sous la bannière de Pasteur Valléry Radot et de Paul Milliez, avec comme principal objectif de ravitailler les maquis en médicaments. Les deux principaux maquis de la Nièvre sont : les FFI dirigés par le colonel Roche, et les FTPF dirigés par monsieur de Champeaux et Roland Champenier

Dans le même temps il exerce toujours les fonctions de médecin de l'hôpital et de la prison départementale…, ce qui lui permet de constater que les médecins de l'armée allemande en service à l'hôpital, qu'il fréquente quotidiennement Hail et Keuzer sont profondément antinazis, et tentent de montrer aux Français qu'ils fréquentent le véritable caractère du nazisme…, ce qui va lui donner en 1943 l'occasion d'intervenir de façon efficace : pour tenter de s'opposer aux tortures pratiquées par la police de Vichy contre une dizaine de détenus résistants et ensuite pour organiser leur évasion.

1943 - Le gouvernement de Vichy a installé à Dijon un "service de répression des menées antinationales" dirigé par le Commissaire Fourcade. Celui-ci envoie le 1/10/1943 à Nevers une petite brigade de répression sous l'autorité de l'inspecteur Dumontel, assisté de MM Grimbaire, Berriot, Lebritz, Marais et Kohler. Cette brigade procède à l'arrestation d'un certain nombre de résistants : MM Robert Genet, Georges Leblond, Marcel Raveau, Georges Séverin, Henri Bussières, René Lepetit, Roger Beauger, qui sont incarcérés puis torturés à l'École Normale.

Charles Bourdillon, médecin de la prison et de l'hôpital de Nevers, constate ces exactions puis tente de s'opposer aux tortures. Il juge nécessaire d'alerter M Tardivat, substitut du Procureur de la République. En vue d'une concertation préalable, il le rencontre à son domicile 9 rue de la Chaussade, puis décide d'hospitaliser les victimes et de demander un rendez vous au préfet Dramard qui le reçoit en présence de l'inspecteur Dumontel et du substitut. Cet entretien lui permet d'élever une vigoureuse protestation contre les tortures. Le Préfet choisit de s'étonner, l'Inspecteur Dumontel choisit de s'indigner… que l'on puisse critiquer leurs méthodes de lutte contre le terrorisme.

Tirant les conséquences de l'échec de cet entretien, Charles Bourdillon décide d'adresser au Préfet de la Nièvre et au Maire de Nevers (qui est en même temps Président de la Commission Administrative de l'Hôpital) une solennelle protestation.

Apprenant que l'inspecteur Dumontel veut réincarcérer Leblond, Charles Bourdillon fait un faux diagnostic d'appendicite. Leblond sera opéré par le docteur Duncombe. Le 6 novembre 1943, six résistants hospitalisés, dont Leblond s'évadent de l'hôpital. Aussitôt révoqué par le préfet Dramard, le docteur Charles Bourdillon abandonne ses fonctions de médecin de l'hôpital et de médecin de la prison.

1944 - Beaucoup plus tard (mai 1944), Charles sera longuement interrogé par le capitaine Mohr (Gestapo de la rue Jeanne d'Arc), et ressortira libre de cet interrogatoire. Apparemment selon M Salauze, Directeur Départemental de la Santé son dossier n'était pas encore parvenu de Dijon à Nevers…

Encore plus tard, peu de temps avant la Libération il sera réintégré dans ses fonctions par de Beaumais le dernier préfet de Vichy (1/06/1944).

Au cours de ce premier semestre 1944, la nervosité de l'armée allemande est à son comble : accrochages avec les maquis, massacres (Druy Parigny), incarcération et assassinats de médecins résistants : Fanjoux de Cercy la Tour et Lévêque de Jouet sur l'Aubois sont jetés en prison, Hélion de Saint Saulge, et Dollé de Luzy sont assassinés. Quelques jours après le bombardement de Nevers par l'aviation alliée (16-07) et avant leur départ définitif (6-09), les allemands font sauter le viaduc de chemin de fer (3-09).

Arrive la Libération ! A l'administration de Vichy se substitue celle du Gouvernement provisoire. Le nouveau préfet de la Nièvre sera M Jacquin, les maires de Nevers issus de la résistance seront : Léon Sainson, puis Marcel Barbot, puis Marius Durbet. Le procès de la Spac aura lieu le 26 02 45 (témoignages de Marlin et de Bourdillon) : Fourcade et Dumontel seront condamnés à mort.

 Ce texte est extrait d’une communication de Jacques Bourdillon, fils aînée de Charles, à la société nivernaise des lettres, sciences et arts (an 2 000).

Peintre

Charles aimait peindre. Il avait beaucoup de talents. Il a peint des vues de Nevers et du Praz et de Saint Bon.

Tableau de Charles BourdillonTableau de Charles BourdillonTableau de Charles BourdillonTableau de Charles BourdillonTableau de Charles BourdillonTableau de Charles Bourdillon

Tableaux de Charles Bourdillon - Collections particulières

 

L’amour de la montagne

Charles Bourdillon aimait passé ses vacances au Praz de Saint Bon en Tarentaise où son père François Charles et son oncle Jules Bourdillon avaient construit chacun une maison. Il construira la sienne : Les Murgers

Praz de St Bon Chalet les Murgers sous la neige Praz de Saint Bon

Tous les ans l’ensemble de la famille venaient passé l’été au Praz de Saint-Bon

 Famille Bourdillon Maison Blanche

Photo de famille devant la Maison blanche (Les Fresnes)
De gauche à droite :Juliette, André, Charles, Gabrielle (Bébelle), Léonie Borde, Germain,  Edouard / Marie Provost (Gros Maman) / Félia Borde
Jean et Jacqueline de Coppens, Yvonne (Tyvonne), Hélène (Talène), Madeleine (Ninou)
Enfants : Philippine et Rémi Borde

Epilogue

Charles Bourdillon est nommé, le 16 septembre 1946, Vice-Président de la Commission Administrative de l'Hôpital. Il occupera ce poste pendant 14 ans. René Marlin, Directeur de l'Hôpital de 1939 à 1964 devient l'un de ses meilleurs amis.

Ses confrères qui lui font confiance le portent le moment venu à la Présidence pour la Nièvre du Conseil de l'Ordre des Médecins, et du Syndicat des Médecins.

Il reçoit en 1953 la croix de chevalier de la santé publique puis en 1959 la légion d'honneur. Le maire de Nevers M. Dubost  dans son discours rappelle ses faits de résistance. Le directeur du centre hospitalier M. Marlin souligne sesqualités de médecin et son dévouement.

Charles sera le premier président du MRP pour la Nièvre. Jusqu'à sa mort, en 1963, il militera pour la liberté dans le cadre des valeurs de la démocratie chrétienne.

Charles Bourdillon

Charles Bourdillon

 Charles décède le 2 janvier 1963 à Nevers. Monique, sa fille, écrit à sa tante Hélène le 1er janvier témoignant des symptômes de son père : un probable accident vasculaire cérébral.

La presse nivernaise lui a rendu hommage

Obsèques Charles Bourdillon Journal du centre 03 Janvier 1963

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